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mar 06

L’entreprise libérée. Mode managériale ou modèle pour le 3ème millénaire ?

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    Un petit rappel au cas où vous seriez passés à côté de la dernière mode managériale qui fait le buzz. Tout le monde se réclame de l’entreprise libérée, les chefs d’entreprises, les managers et surtout les consultants et les sociétés de conseil. Combien ont compris et intégré véritablement de quoi il retourne ?

Qu’est-ce que l’entreprise libérée ?

On a parfois l’impression qu’il en est de l’entreprise libérée comme de l’écologie. Tout le monde est pour, tout le monde dit le faire, mais quand on regarde de plus près, on pense au phénomène du green washing » qui existe pour l’écologie. Ce ne sont pas forcément ceux qui en parlent le plus qui le font le mieux.

entreprise libérée isaac getzAlors remettons un peu le choses au point. La notion d’entreprise libérée est décrite et élaborée par Isaac Getz dans son ouvrage « Liberté et Cie ». Il décrit et explore le mode de fonctionnement de plusieurs entreprises à travers le monde qui ont construit un mode de fonctionnement différent de ce qui existait jusqu’à présent. Les modalités sont différentes, toutes les entreprises ne sont pas à la même enseigne en terme de niveau de « libération ». Mais au fait, libérée de quoi ?

Jean-François Zobrist, l’un des pionnier en France, parle de libérer les productifs du poids du contrôle des improductifs. Cette démarche débouche (à terme) un mode de fonctionnement fondé sur la confiance faite aux salariés. Cela aboutit et s’appuie sur un fort engagement des salariés car il impose de mettre en place une forme d’auto-organisation.

entreprise libérée répartition des salariésIsaac Getz, s’appuyant sur d’autres études, constate que dans les entreprises, seuls 11% des salariés sont activement engagés. 61% sont désengagés, c’est à dire qu’ils font le boulot, ni plus ni moins et plutôt en trainant des pieds. Les 28% restants sont activement désengagés, c’est à dire qu’ils s’en prennent aux 11% de salariés engagés et peuvent aller jusqu’au sabotage du travail.

La question qui se pose est : étaient-ils comme ça le premier jour ? Certainement pas. Donc qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Le mode de management est-il en cause ?

ARTE a consacré un documentaire sur le sujet : « Le bonheur au travail ». Les exemples repris dans ce film sont peu ou prou ceux présentés par I. Getz dans « Liberté et Cie ». On y voit comment la démarche s’est mise en place petit à petit. On ne peut décréter l’entreprise libérée du jour au lendemain. Il faut d’abord une volonté de la direction. La confiance ne se décrète pas elle se gagne. De plus, les gens ne sont dignes que de la confiance qu’on leur fait. Il faut donc faire confiance…

Entreprise « Pourquoi » plutôt que « Comment »

entreprise libérée zobrist Pour mettre en place ce modèle de management, Zobrist propose de transformer l’entreprise « comment » -celle où on dit au gens comment ils doivent faire les choses et où on contrôle qu’ils ont bien fait de cette manière- à l’entreprise « Pourquoi » -où on donne la direction et les règles générales et où on part du principe que les gens connaissent leur boulot et le feront bien pour peu qu’on lur en donne les moyens.

Attention aux imitations

Ce modèle est très séduisant, il est attirant et valorisant dans une certaine frange de la société. C’est pourquoi il faut être vigilant au phénomène de mode qui pourrait en réalité nuire à un modèle bienvenue à devenir la norme dans quelques (dizaines d’ ?) années. Le risque est de dénaturer la philosophie du modèle et de ne le mettre en place qu’en surface comme une vitrine. Les salariés ne s’y tromperons pas et ne manquerons pas alors de combattre un concept alors même qu’il est en leur faveur.

D’autres critiques existent sur ce modèle. Il ne s’agit pas de créer le monde des Bisounours. La raison d’être des entreprises n’est pas le bien-être de salariés mais le profit, sinon elles meurent. Le bien-être des salariés est un moyen. La mise en place d’un fonctionnement de type ‘entreprise libérée’ est très exigeant. Il nécessite une nouvelle prise de responsabilité par les salariés à tous les niveaux. Tous ne sont pas capable de changer leur mode de pensée pour parvenir à cette responsabilité et cet engagement.

Alors c’est pour quand ?

On peut considérer que le modèle de Ford-Taylor du début du 20ème siècle relevait en terme de spirale dynamique (voir article) au mode de pensée bleu basé sur le contrôle. Ce mode de fonctionnement est encore très présent en particulier dans les administrations. Les modèles de management de la deuxième partie du 20ème siècle (par objectif, lean, participatifs…) correspondraient au mode de pensée orange de la spirale dynamique.
Le modèle de l’entreprise libérée pourrait préfigurer un management adapté au mode de pensée vert.
Il correspond également à l’évolution nécessaire du fait de l’arrivée de la « génération Y » dans l’entreprise. Cette génération pourquoi qui a besoin de sens pour s’engager pleinement et agir efficacement. Douglas McGregor finirait-il par voir finalement aboutir l’avènement de sa théorieY ?

Le chemin cependant peut encore être long. Ne serai-ce qu’à l’échelle d’une entreprise. Il faut en général 3 à 10 ans pour réellement passer à l’entreprise libérée.

Pour aller plus loin :

Le Blog d’Isaac Getz : liberteetcie.com/

Une vidéo de Jean-François Zobrist : www.youtube.com/watch?v=N_4DzvRn-Qg

Deux livres de référence :

Cover-LibertéEtCieLiberté & Cie – Brian M. Carney & Isaac Getz – Fayard (8 février 2012)

La belle histoire de Favi : l’entreprise qui croit que l’homme est bon – Jean-François Zobrist – Humanisme & Organisations (2ème ed. 14 janvier 2014)

Cover-EmployésDAbordLes employés d’abord, les clients ensuite : Comment renverser les règles du management – Vineet Nayar – Editions Diateino (13 mai 2011)

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